Le hameau de La Bérarde, en Oisans, a été victime d'une crue monumentale en juin 2024. L'espoir d'une reconstruction du village semble compromis.
Morgane Poulet
Après la catastrophe naturelle qui a dévasté La Bérarde en juin 2024, et près de 11 millions d’euros investis par l’État pour réhabiliter le hameau, l’idée d’une reconstruction totale et définitive du site semble compromise.
Deux ans après la crue torrentielle qui a ravagé le hameau de La Bérarde (commune de Saint-Christophe-en-Oisans), dans la vallée du Vénéon, en Oisans, la préfecture de l’Isère a accueilli récemment un quatrième Copil pour évoquer l’avenir du site. Et il n’est pas très optimiste car les solutions proposées semblent techniquement impossibles ou bien trop chères pour un résultat insuffisant. En tout, 10,9 millions d’euros ont déjà été engagés par l’État afin de sécuriser le territoire.
Dans le détail, 9,3 millions d’euros ont été posés sur la table au titre des opérations de mise en sécurité et de la dotation de solidarité en faveur des collectivités victimes d’événements climatiques pour les travaux d’urgence et de réparation des infrastructures. Plus d’un million d’euros a quant à lui été dépensé pour soutenir les travaux conduits par les collectivités locales (le Syndicat mixte des bassins hydrauliques de l’Isère - SYMBHI - et le Département) pour faire progresser la connaissance du risque et la réflexion sur l’avenir de la vallée. Enfin, des mesures fiscales ont aussi été mises en œuvre, comme le dégrèvement de la taxe foncière et de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires endommagées, détruites ou demeurant inaccessibles, pour plus de 57 000 euros.
Pour le SYMBHI, une reconstruction trop incertaine
Selon le SYMBHI qui a conduit une étude de faisabilité technique et financière au sujet des « conditions de protection des habitations situées en périphérie du hameau face au risque torrentiel dans la vallée », trois scenarii ont été envisagés. Créer une digue de pied de berge, créer un large chenal sur tout le cône ou bien créer un large chenal sur le tracé initial en maintenant un bras de décharge.
Le scénario retenu, à savoir, ramener le torrent des Etançons, d’où est apparue la crue, dans son lit d’origine et créer des digues, présente « un rapport coût bénéfices encore largement défavorable ». Le montant serait compris entre 15 et 20 millions d’euros et les travaux auraient des conséquences environnementales importantes, le secteur étant situé dans une zone protégée du Parc national des Ecrins.
Les services de l’État se veulent tout de même optimistes
Malgré tout, l’État souhaite mener une réflexion sur le long terme quant à l’avenir de la vallée. C’est pourquoi, dès ce mois de juin, une démarche devrait être engagée auprès de la Communauté de communes de l’Oisans. De nature participative, elle aura pour objectif de mener « une réflexion collective sur les trajectoires possibles de la vallée » et durera environ un an.
En complément, l’État mobilisera « un soutien en ingénierie à hauteur de 176 000 € auprès de la Communauté de communes de l’Oisans, afin de l’accompagner dans la conduite des travaux rendus nécessaires par la situation spécifique de la vallée du Vénéon et dans la coordination des réflexions à court, moyen et long terme ».
Une saison touristique en demi-teinte
Dès 2025, les randonneurs ont tout de même pu avoir accès à la commune grâce à la réouverture de la route. Une navette a aussi été mise en place, et, en 2025, a permis à 12 000 voyageurs de se rendre dans la vallée. Quatre des cinq refuges d’altitude sont également restés ouverts.
Mais malgré une fréquentation de la montagne en hausse dans le département, le territoire de l’Oisans a fait exception. La Communauté de communes a ainsi dû instaurer une aide économique pour les gardiens de refuge ayant enregistré une baisse importante de leur chiffre d’affaires par rapport à 2023.