L'usine de fabrication Placo à Chambéry investit pour réduire ses émissions de CO2.
C.Delisle
A l’occasion de la parution du tome I de son hors-série « Les champions de la RSE et des territoires durables » intitulé « Engagement : tenir le cap », Bref Eco vous propose ces jours-ci une sélection des articles de ce beau magazine. Aujourd'hui, focus sur le site Placo (Groupe Saint-Gobain) de Chambéry qui accélère sa transformation industrielle pour intégrer plus de matière recyclée dans ses plaques tout en réduisant son empreinte carbone et ses consommations d’eau.
L'essentiel
En 2011, les Trophées Bref Eco de l’innovation récompensaient l’entreprise savoyarde Nantet Locabennes (groupe Serfim) pour avoir développé le premier équipement breveté permettant de recycler les déchets de plâtre. Quinze ans plus tard, le projet a pris une autre dimension. « En 2025, nous avons récupéré 66 000 tonnes de gypses recyclés pour notre seule usine de Chambéry auprès de notre partenaire Nantet. C’étaient 45 000 tonnes en 2024 ! », explique le directeur du site, Erwan Allanic.
38 M de m2
La production annuelle du site Placo de Chambéry.
Cette matière recyclée est aujourd’hui introduite à hauteur de 30 % dans les 38 millions de m2 de produits finis qui sortent de l’usine de Chambéry chaque année. « Il y a quatre ou cinq ans, nous étions à 13 %, avance Erwan Allanic. Nous sommes techniquement capables de fabriquer une plaque de plâtre avec 100 % de matière recyclée, mais nous n’avons pas les gisements pour le faire ». Outre la matière recyclée en provenance de son partenaire Nantet, l’usine Placo de Chambéry s’approvisionne avec ses propres chutes de production. Le reste du gypse est acheminé en train depuis la carrière située à Saint-Jean-de-Maurienne, permettant ainsi d’éviter 45 000 camions sur les routes par an.
Réduire la consommation d’eau
Cette introduction de matière recyclée dans les process a également nécessité des investissements « car le gypse recyclé n’a pas la même pureté ni la même densité », explique Kévin Silvestre, responsable de la production. En 2023, 3 millions d’euros ont ainsi été investis pour pouvoir, à terme, valoriser 80 000 tonnes de déchets de plâtre. Mais le fait d’utiliser davantage de matières recyclées demande d’intégrer plus d’eau dans les mélanges : « Nous travaillons à réduire nos prélèvements d’eau en activant différents leviers », explique Erwann Allanic.
Depuis 2019, ce sont déjà 20 000 m3 d’eau de condensats qui sont récupérés chaque année lors du processus de séchage des plaques, soit un gain de 15 %. Nous sommes techniquement capables de fabriquer une plaque de plâtre avec 100 % de matière recyclée, mais nous n’avons pas les gisements pour le faire.

Aujourd'hui, les plaques de Placo produites à Chambéry contiennent 30 % de plâtre recyclé. © C.Delisle
Le site de Placo de Chambéry travaille également sur d’autres projets pour aller encore plus loin : la revalorisation de la chaleur fatale sur le circuit du chauffage urbain qui va générer des condensats avec un objectif de réduction de 12 % additionnels sur les prélèvements en eau, la récupération des eaux de pluie en toiture – l’usine couvre 55 000 m2 de surface bâtie – et enfin la réutilisation des eaux usées traitées à la station d’épuration en partenariat avec Grand Chambéry.
Filiale du groupe Saint-Gobain, Placo ne lâche rien pour arriver au zéro net carbone en 2050.
PLACO CHAMBÉRY DÉCARBONE SES ACTIVITÉS
Début mars, l’usine a mis en service un nouvel équipement qui permet de récupérer la chaleur fatale du broyeur cuiseur, l’équipement qui broie et déshydrate le gypse. Cette chaleur est ensuite acheminée vers le sécheur pour rehausser la température de l’équipement. Le chantier va permettre au site de réduire de 6 % la consommation de gaz du sécheur, soit 1 500 tonnes de CO₂ par an. L’investissement de 3,5 millions d’euros, qui a bénéficié d’une subvention de l’Ademe à hauteur de 800 000 euros, pourrait être reproduit dans les autres usines du groupe. Par ailleurs, un projet de chaudière biomasse de 15 MW est en cours et devrait être livré en 2029.
Si l’investissement est porté par Dalkia en tant que tiers investisseur, Placo devra tout de même investir 8 millions d’euros pour adapter ses équipements. Cette chaudière sera approvisionnée par des coproduits d’exploitation forestière. Elle alimentera le broyeur et le sécheur, permettant de substituer 51 % du gaz naturel utilisé aujourd’hui, soit une réduction de 19 000 tonnes de CO₂ par an.
Enfin, dans le cadre du Réseau de Chaleur de la Cluse de Chambéry (R3C), le délégataire – Dalkia – va récupérer la chaleur sur les buées de l’usine. « Une fois connectés, nous fournirons 4 % des besoins énergétiques du réseau », explique Erwan Allanic.
PLACO CHAMBÉRY (GROUPE SAINT-GOBAIN).
Cet article est issu de notre hors-série « Les champions de la RSE et des territoires durables, à retrouver ici.
