Thomas Derichebourg, CEO de la filiale Derichebourg environnement, représente la 3e génération à la tête de l'entreprise familiale.
À l’occasion de la parution du tome I de son hors-série « Les Champions de la RSE et des territoires durables » intitulé « Engagement : tenir le cap », Bref Eco vous propose ces jours-ci une sélection des articles de ce beau magazine. Aujourd'hui, interview de Thomas Derichebourg, CEO de la branche environnement du groupe Derichebourg.
L'essentiel
Né dans les caves parisiennes au milieu du XXe siècle, le groupe familial Derichebourg s’est hissé en quelques décennies parmi les acteurs majeurs du recyclage en Europe. Représentant la troisième génération, Thomas Derichebourg, CEO de la branche environnement, raconte pour Bref Eco cette ascension singulière, entre culture du terrain, innovations industrielles et engagement croissant au service de l’environnement, qui a transformé un métier longtemps invisible en enjeu stratégique.
Votre groupe est aujourd’hui un leader du recyclage des déchets, principalement métalliques, et des services aux collectivités. Comment cette aventure a-t-elle commencé ?
Thomas Derichebourg : Tout part de mon grand-père, en 1956. Il était chiffonnier et mécanicien, ce qu’on appelait un « ferraillou ». Il récupérait des métaux dans les caves parisiennes avec une simple estafette achetée grâce aux économies de ma grand-mère. C’était un métier dur, artisanal. Mais il avait une énergie et une volonté de réussir incroyables. À 16 ans, mon père décide d’arrêter l’école pour aider mon grand-père. C’est lui qui a structuré l’activité dans les années 60-70 : mise en place de bennes, organisation des tournées, premiers grands clients comme les hôpitaux ou les Aéroports de Paris. Il a transformé un métier de débrouille en une véritable activité industrielle. C’est cette vision entrepreneuriale qui a tout changé et a permis de professionnaliser le métier. Mon père est un entrepreneur dans l’âme et j’admire cette rage de vouloir réussir quand on n’a rien !
Aujourd’hui, nos activités de recyclage sont devenues essentielles.
À l’époque, le recyclage n’était pas une priorité…
Les déchets, personne ne voulait en entendre parler ! Aujourd’hui, on parle d’économie circulaire, mais il a fallu attendre des décennies pour que ces enjeux deviennent centraux. Nous avons pris de l’avance sans le savoir, simplement en développant notre métier. Aujourd’hui, nos activités sont devenues essentielles. Et nous avons 70 ans d’expérience derrière nous !
600 000
C'est le nombre de véhicules hors d'usage recyclés, chaque année, par le groupe Derichebourg.
Que représente le groupe Derichebourg aujourd’hui ?
Nous sommes présents dans 13 pays, avec 3,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 320 millions d’euros d’Ebitda. Chaque année, nous traitons plus de 5 millions de tonnes de métaux et recyclons plus de 600 000 véhicules hors d’usage que nous valorisons à 96 %. Notre métier consiste à transformer un déchet en matière première.
Justement, cette logique de boucle semble centrale…
C’est même le cœur de notre stratégie. Nous maîtrisons toute la chaîne : collecte, traitement, valorisation et réintégration dans l’industrie. L’objectif est clair : tendre vers 100 % de recyclage. Cela passe par beaucoup d’innovation. Nous investissons massivement dans des technologies capables de récupérer les derniers fragments de matière. Sur des volumes industriels, cela représente des milliers de tonnes.
Vous développez aussi de nouvelles filières…
Oui, nous investissons par exemple sur notre unité de Castine-en-Plaine (Calvados) près de Caen, pour créer une affinerie de plomb. Nous réalisons déjà le broyage des batteries au plomb et nous allons désormais recycler le plomb pour le transformer en lingots et refaire des batteries pour l’industrie automobile. Nous sommes aussi les premiers en France à traiter les ballons d’eau chaude (Derichebourg va installer quatre lignes de traitement de ballons d’eau chaude en France dont une à Saint-Romain-en-Gal, dans le Rhône, qui sera mise en service en 2026, N.D.L.R.). Et nous travaillons bien sûr sur des technologies qui vont nous permettre de récupérer les métaux précieux qui ont une très forte valeur ajoutée. Chaque année, nous investissons 200 millions d’euros dans nos outils et dans la R & D.
Le recyclage est-il aussi un enjeu de souveraineté ?
Absolument. Maîtriser ses matières premières est stratégique. Le recyclage permet de réduire la dépendance aux importations et de relocaliser de la valeur. Nos activités sont non délocalisables, ancrées dans les territoires. En France nous avons un maillage dense de 230 sites qui permet de limiter les transports et, donc, l’empreinte carbone.
La France est-elle en avance sur ces sujets ?
Très clairement. Nos réglementations sont exigeantes, parfois contraignantes, mais elles nous obligent à être performants. Et elles créent une barrière à l’entrée qui protège aussi notre savoir-faire. Quand nous nous développons à l’international, nous appliquons les mêmes standards. Il faut montrer l’exemple.
Je me considère comme un passeur. Mon rôle est de faire grandir le groupe, de l’inscrire dans le temps long.
Vous représentez la troisième génération à la tête de l’entreprise familiale, aux côtés de votre frère Boris. Quelle est votre ambition ?
Je me considère comme un passeur. Mon rôle est de faire grandir le groupe, de l’inscrire dans le temps long et de continuer à améliorer nos performances, notamment en matière de recyclage. Mon objectif est simple : aller toujours plus loin dans la valorisation des déchets, tout en embarquant nos collaborateurs dans cette dynamique. Parce que sans eux, rien n’existe.
Derichebourg en bref
Siège : Paris
Président : Daniel Derichebourg
CA 2025 : 3,3 Md€
Effectif : 5 559 personnes
Cet article est issu de notre hors-série « Les champions de la RSE et des territoires durables, à retrouver ici.