Le Rhône s'est réchauffé de plusieurs degrés depuis les années 70.
C. Moirenc
Mardi 16 juin, à l’occasion de son forum Eau & Climat, le comité de bassin Rhône-Méditerranée, qui couvre un très vaste territoire, de la Bourgogne-Franche-Comté à la Méditerranée, en passant par les Alpes, a dressé le bilan des deux premières années de son deuxième plan d’adaptation au changement climatique. Si les résultats sont encourageants, ils doivent être amplifiés.
+ 2,2 °C au nord, + 4,5 °C au sud : depuis les années 70, la température moyenne de l’eau du fleuve Rhône a fortement augmenté. En parallèle, depuis 1960, les sols sont plus secs de + 18 % à + 37 % selon les secteurs. Les chutes de neige ? Elles ont baissé de 10 % en 60 ans. Et les glaciers ne devraient pas voir la fin du siècle.
Face à ces données alarmantes, le comité de bassin Rhône-Méditerranée – territoire gigantesque qui couvre 20 % du territoire national, s’étale sur cinq régions institutionnelles, et compte 16 millions d’habitants – a mis en place, dès 2014, un premier « plan de bassin d’adaptation au changement climatique » (PBACC), qui a été révisé en 2023 et donné lieu à une deuxième version.
Les prélèvements d'eau à la baisse
L’heure était donc au bilan, mardi 16 juin, pour Martial Saddier, président du comité de bassin Rhône-Méditerranée. « J’ai la satisfaction de voir nos actions porter leurs fruits », s’est-il réjoui. En effet, sur notre territoire, le prélèvement en eau a baissé, en 2025, de 4,5 %, tous secteurs confondus par rapport à la moyenne de référence sur 2018-2020. « L’objectif, est de baisser ces prélèvements de 10 % d’ici 2030 », précise Hélène Michaux, directrice du département de la programmation et des interventions de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse. « Un objectif atteignable », estime-t-elle.
Les territoires s'engagent face au dérèglement climatique
Autre motif de satisfaction : les territoires s’engagent sur ces questions. Le comité de bassin a ainsi labellisé 16 « projets exemplaires », avec des solutions « fondées sur la nature ». Quelques exemples ? La restauration du Gier, à Rive-de-Gier, dans la Loire, permettant un écoulement de l’eau plus libre et la protection des habitations, porté par Saint-Etienne Métropole. Ou encore la restauration de la rivière Lierne, lancée par Valence Romans Agglo. Les choses bougent, donc, mais il faut poursuivre les efforts et accélérer.
30
C'est le nombre de défis à relever en matière d'adaptation au changement climatique d’ici 2030.
Aussi, le plan de bassin d’adaptation au changement climatique, qui court de 2024 à 2030, a défini cinq enjeux sur lesquels agir en priorité : la baisse de la disponibilité en eau ; la perte de la biodiversité ; l’assèchement des sols ; la détérioration de la qualité de l’eau ; les risques naturels liés à l’eau. Pour chaque enjeu, une carte des territoires vulnérables et un panier de solutions sont proposés. Par exemple, face à la baisse de la biodiversité, on peut opter pour la restauration des zones humides dégradées, ou bien la maîtrise de l’extension péri-urbaine. En tout, le plan propose 30 défis à relever d’ici 2030 : mettre en plan un réseau de suivi de la température, accompagner 30 filières agricoles locales dans l’instauration de pratiques agronomiques visant la rétention en eau dans les sols et la réduction de la consommation en eau, mettre en place 3 000 km de haies dans le cadre de démarches territoriales…
540 millions d'euros pour faire face au défi climatique
Pour Martial Saddier, « la réponse doit être multifactorielle ». Pour accompagner les territoires face aux défis climatiques, l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, qui met en œuvre les orientations du comité de bassin Rhône Méditerranée (mais aussi celles du comité de bassin Corse), a consacré 540,5 millions d’euros, depuis 2024, pour accompagner les territoires face au défi climatique de notre territoire, soit plus de la moitié de son budget.