Natacha Polony, éditorialiste et essayiste, interviendra lors de la Rencontre des Entrepreneurs de France Auvergne-Rhône-Alpes organisée par le MEDEF Auvergne-Rhône-Alpes le 4 juin prochain à Clermont-Ferrand.
Le 4 juin prochain, la Rencontre des Entrepreneurs de France Auvergne-Rhône-Alpes organisée par le MEDEF Auvergne-Rhône-Alpes réunira à Clermont-Ferrand dirigeants et décideurs autour des enjeux de souveraineté, de géoéconomie et de compétitivité. Parmi les temps forts, l’intervention de Natacha Polony pour décrypter les bouleversements qui traversent les sociétés et leurs impacts sur les entreprises.
Bref Eco : Vous allez intervenir sur le thème des sociétés sous pression : identité, fractures et désalignements. Est-ce que vous avez le sentiment que cette pression s’est intensifiée ?
Natacha Polony : Ce qui met les sociétés démocratiques sous pression, et la société française en particulier, c’est la conjonction entre des tensions internationales qui reconfigurent les relations entre États et des forces centrifuges qui fragilisent notre modèle. Les élites françaises n’ont sans doute pas eu la bonne lecture du monde depuis plusieurs décennies. Cela crée de l’angoisse et un besoin de redéfinir ce qu’est la France et ce vers quoi elle veut tendre.
Nous voyons monter les tensions et les haines dans notre société. Certains partis jouent même de ces fractures. Nous sommes entrés dans une forme de « démocratie minoritaire » où chacun parle à son camp sans chercher à embarquer une majorité de citoyens. Il nous manque aujourd’hui un récit collectif.
Comment reconstruire ce récit collectif alors que nous n’avons jamais été autant divisés ?
N.P. : Je crois justement que ces divisions ne reflètent pas les aspirations profondes des Français. Dès qu’on les interroge sur leur vision du pays, on retrouve une immense fierté et une aspiration à l’unité.
Le problème vient d’un manque de direction. Nous avons abandonné la transmission d’un héritage commun et laissé prospérer des discours qui déconstruisent le récit national. Je ne crois pas à un roman national idéalisé, mais à un récit collectif capable d’assumer nos parts d’ombre comme nos réussites afin de nous projeter vers un avenir commun.
Ce récit collectif peut-il venir des entrepreneurs ?
N.P. : Les entrepreneurs font partie de la solution. Ce qui fait l’identité de la France, ce sont ses ingénieurs, ses créateurs, ses inventeurs. La France s’est construite sur la science, l’innovation et le goût de produire. Nous avons pourtant abandonné cette ambition productive au profit d’une société de consommation. Or produire, transformer la matière grâce à de l’énergie, c’est ce qui nourrit une société et donne du sens.
À force de se définir uniquement par ce que l’on consomme, on fragilise les individus et le collectif. Je crois profondément que la réponse à cette crise passe par la capacité à produire et à défendre nos intérêts et notre position sur la scène mondiale.
La souveraineté, c’est la capacité d’un peuple à décider de son destin.
Sur le sujet du Made in France, pourquoi la réindustrialisation semble-t-elle si difficile malgré une forme de consensus sur la souveraineté économique ?
N.P. : Parce qu’il ne suffit pas de redécouvrir le mot « souveraineté ». Pendant des années, beaucoup expliquaient que cette notion était dépassée. Aujourd’hui, ils découvrent qu’un pays qui ne peut plus nourrir sa population ou produire son énergie n’est plus libre.
La souveraineté, c’est la capacité d’un peuple à décider de son destin. Mais ceux qui s’en réclament aujourd’hui n’ont toujours pas analysé les mécanismes qui nous ont conduits à cette dépendance. Ils ont oublié la « physicalité » de l’économie : matières premières, énergie, chaînes logistiques… qu’il faut maîtriser.
Réindustrialiser suppose une politique globale : formation, fiscalité, commande publique, lien entre l’État et les collectivités. Tout doit être pensé ensemble. Je crois qu’à partir d’une politique de production, on peut redonner un élan à la France et réparer une partie des fractures qui l’abîment.
Dans votre revue « L’Audace », vous citez Jaurès pour qui « le pouvoir se mesure à l’audace ». Dans le contexte actuel, les entrepreneurs français vous semblent-ils encore capables d’audace ?
N.P. : Bien sûr, et ils le prouvent chaque jour. Produire en France demande aujourd’hui énormément d’audace, mais aussi de persévérance et d’obstination. Les producteurs se heurtent à une masse de normes et de contraintes parfois absurdes. Pourtant, toute la puissance publique devrait être mobilisée pour soutenir cet élan productif.
Retrouver Natacha Polony lors de la Rencontre des Entrepreneurs de France Auvergne-Rhône-Alpes le 4 juin prochain à Clermont-Ferrand.
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