Patrick Martin et Jean-Luc Raunicher interviendront lors de la Rencontre des Entrepreneurs de France Auvergne-Rhône-Alpes le 4 juin prochain à Clermont-Ferrand.
Le 4 juin prochain, la Rencontre des Entrepreneurs de France Auvergne-Rhône-Alpes organisée par le MEDEF Auvergne-Rhône-Alpes réunira à Clermont-Ferrand dirigeants et décideurs autour des enjeux de souveraineté, de géoéconomie et de compétitivité. L'occasion d'échanger en amont avec le président du MEDEF, Patrick Martin, et du MEDEF Auvergne-Rhône-Alpes, Jean-Luc Raunicher.
La prochaine Rencontre des Entrepreneurs de France Auvergne-Rhône-Alpes a pour thème de « Retour des grandes ambitions impérialistes ». Assiste-t-on, selon vous, à un basculement durable vers un nouvel ordre économique mondial structuré par des logiques de puissance ?
Patrick Martin : Après l’invasion d’une partie de l’Ukraine en 2022, puis les interventions américaines au Venezuela et au Moyen-Orient, nous assistons à une remise en cause du cadre multilatéral. Le droit recule au profit du rapport de force. On le voit aussi dans le commerce mondial : la Chine consolide sa domination industrielle et technologique, notamment sur les technologies propres et les ressources critiques comme les terres rares.
Ce nouvel environnement crée des dépendances, des tensions commerciales et un ralentissement de la croissance. Pour les entreprises européennes, l’enjeu est clair : renforcer notre compétitivité, sécuriser nos approvisionnements et construire une véritable souveraineté économique et technologique. 2026 doit marquer la fin de la naïveté.
Pour réussir, l’Europe doit aussi recréer les conditions de sa compétitivité. L’Europe doit désormais recréer les conditions d’une compétitivité durable pour ses entreprises.
Les entreprises de la région Auvergne-Rhône-Alpes ont-elles déjà pris conscience de cette nouvelle donne géopolitique ?
Jean-Luc Raunicher : Oui, clairement. Les entreprises de notre région ont compris que nous étions entrés dans un monde plus instable, marqué par le retour des rapports de force économiques, énergétiques et technologiques. Les crises successives ont accéléré cette prise de conscience.
Dans une région aussi industrielle qu’Auvergne-Rhône-Alpes, beaucoup de dirigeants travaillent déjà à sécuriser leurs approvisionnements, diversifier leurs marchés ou relocaliser certaines productions stratégiques. La question de la souveraineté économique est désormais très concrète pour nos entreprises.
Mais pour réussir, l’Europe doit aussi recréer les conditions de sa compétitivité. L’Europe doit désormais recréer les conditions d’une compétitivité durable pour ses entreprises, notamment face à des concurrents qui soutiennent massivement leurs filières stratégiques.
Qu’est-ce que ce changement de paradigme implique, concrètement, pour les entreprises françaises dans leur manière de se développer et de prendre des décisions ?
Patrick Martin : Les entreprises doivent désormais intégrer le risque géopolitique au cœur de leurs décisions. Cela signifie diversifier leurs marchés, sécuriser leurs approvisionnements et éviter des dépendances excessives.
Cela implique aussi d’innover davantage et de monter en gamme, car la concurrence s’intensifie, y compris sur le marché européen. Les décisions stratégiques dépendent désormais aussi des politiques publiques : régulation, normes, défense commerciale.
La question de la souveraineté économique devient donc centrale dans les stratégies d’entreprise comme dans l’action du MEDEF.
Demain, les entreprises capables d’intégrer rapidement les risques géopolitiques, de diversifier leurs marchés et de sécuriser leurs chaînes de valeur auront une longueur d’avance.
Qu’est-ce qui fera, demain, la différence entre une entreprise qui subit ce nouvel environnement et une entreprise qui en tire parti ?
Patrick MARTIN : La différence se fera dans la capacité à anticiper et à s’adapter. Les entreprises capables d’intégrer rapidement les risques géopolitiques, de diversifier leurs marchés et de sécuriser leurs chaînes de valeur auront une longueur d’avance.
La clé réside aussi dans l’innovation. Les entreprises européennes doivent investir dans l’intelligence artificielle et les technologies de rupture pour préserver leur autonomie stratégique.
Voyez-vous émerger en Auvergne-Rhône-Alpes des filières ou des secteurs particulièrement bien positionnés dans cette compétition mondiale ?
Jean-Luc Raunicher : La région dispose d’atouts considérables. Nous avons des filières fortes dans l’énergie, la santé, les mobilités, la chimie, le numérique ou encore l’agroalimentaire. Beaucoup d’entreprises sont déjà engagées dans les technologies liées à la décarbonation, à l’intelligence artificielle ou à la cybersécurité.
Notre force réside aussi dans nos écosystèmes territoriaux. En Auvergne-Rhône-Alpes, les entreprises, les centres de recherche, les écoles et les collectivités travaillent ensemble, ce qui constitue un véritable avantage compétitif.
Mais cette avance n’est pas acquise. Pour rester dans la course mondiale, nous devons continuer à investir dans l’innovation, les compétences et une énergie compétitive.
Ce nouvel environnement redonne-t-il une importance particulière à l’ancrage territorial des entreprises ?
Patrick Martin : Oui, car il faut sécuriser les chaînes de valeur, produire plus près et mieux maîtriser ses approvisionnements. La compétitivité se joue aussi localement, à travers les écosystèmes industriels, les compétences et les infrastructures.
L’ancrage territorial est également un facteur de résilience : une entreprise enracinée dans son territoire est souvent plus robuste face aux crises.
Comment réussir la réindustrialisation des territoires pour faire de la région Auvergne-Rhône-Alpes un territoire compétitif ?
Jean-Luc Raunicher : La réindustrialisation suppose avant tout de redonner de la visibilité et de la confiance aux entreprises. Les industriels ont besoin de stabilité fiscale, réglementaire et énergétique pour investir durablement dans nos territoires.
Il faut également accélérer sur les compétences et la formation. La bataille industrielle sera aussi une bataille des talents, notamment dans les métiers techniques et industriels qui restent en tension dans beaucoup de filières.
Enfin, la compétitivité se construit localement. La force d’Auvergne-Rhône-Alpes repose sur ses territoires industriels, ses infrastructures et sa culture entrepreneuriale. C’est en s’appuyant sur cet ancrage territorial que nous pourrons réussir durablement la réindustrialisation.