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Mardi 27 Juin 2017

Gilles Toulemonde PDG et cofondateur d’Inova Software

Priorité nationale : un non-sens pour nos entreprises et nos emplois !

Publié Le 07.03.2017 À 15H22
Priorité nationale : un non-sens pour nos entreprises et nos emplois !

Dans une interview au journal Le Monde daté du 2 février, la candidate frontiste à la présidentielle a annoncé que, si elle était élue, elle « appliquerait la priorité nationale à l'emploi par l'intermédiaire d'une taxe additionnelle sur tout nouveau contrat d'employé étranger ». Elle espère ainsi renflouer les caisses de l’assurance chômage et favoriser le retour à l’emploi de nos compatriotes. Un non-sens total pour la croissance de nos entreprises qui ne peut produire que l’effet inverse.

Prenons l’exemple de notre entreprise : société innovante, de taille intermédiaire (50 personnes dont 40 en France), en croissance et tournée vers l’international, nous réalisons plus de 80 % de notre chiffre d’affaires ailleurs qu’en France (Etats-Unis, Angleterre, Allemagne, Inde, Japon). Dans notre cas, comme pour toutes les entreprises françaises qui vendent dans le monde entier, l’emploi de salariés étrangers en France est la solution pour exporter. Notre réussite, nous l’avons construite en intégrant en France des collaborateurs qualifiés venant des quatre coins du monde. Sur nos 40 salariés basés en France, 12 sont étrangers : anglais, allemands, américains, hollandais, vénézuéliens, marocains, vietnamiens, espagnols. Ils ont créé une véritable culture internationale « à la maison ». Dans nos bureaux, au détour d’une conversation, vous entendrez l’allemand se mélanger au français, à l’anglais ou à l’espagnol. Baignés dans cet environnement, tous nos salariés ont amélioré leurs langues étrangères. Ils vivent la diversité au quotidien et ont compris que pour gagner des clients internationaux, il faut s’adapter à eux et pas l’inverse.

Nous nous projetons tous les jours au-delà de nos frontières sans aucune frilosité. Notre diversité nous confère une confiance inébranlable quand il s’agit de conquérir de nouveaux marchés. Au Japon, nous venons de remporter 3 nouveaux clients. Un de nos collaborateurs français est parti vivre à Tokyo. Il apprend le japonais, s’adapte à la culture locale. Pour lui, c’est naturel.

Sans employés étrangers, pas d’emplois français !

Sans ces 12 collaborateurs étrangers, nous n’aurions pas créé les 28 postes aujourd’hui pourvus par des collaborateurs français. En d’autres termes, chez nous, la « priorité nationale » n’aurait pas créé de l’emploi comme l’affirme la candidate frontiste, elle en aurait détruit.

Nous sommes des milliers d’entrepreneurs à s’appuyer sur la diversité pour exporter et créer des emplois en France. Ne nous stigmatisez pas quand nous recrutons des étrangers. Nous aimons cette richesse apportée par le mélange de cultures. Mais de façon très pragmatique, c’est dans l’intérêt de tous !

Grâce à cette dimension internationale, ce sont, en effet, 40 familles que nous faisons vivre. Les taxes et charges payées par notre entreprise contribuent au financement des prestations sociales à hauteur de plus d’1 million d’euros par an. C’est l’équivalent chaque année de 40 professeurs des écoles ou 70 pensions de retraites. Si la France comptait 50 000 entreprises de plus répondant à ces critères, nous connaitrions le plein emploi.

Les économistes s’accordent pour dire que la France peine à créer des entreprises capables de conquérir des marchés internationaux. Le déficit commercial de la France s’est aggravé en 2016 à 48,1 milliards d’euros contre 45,7 milliards un an plus tôt*. Dans le même temps, l'Allemagne a enregistré un excédent commercial d'un niveau record de 252,9 milliards d'euros attestant de la santé des entreprises allemandes et de leur compétitivité au-delà de leurs frontières. Autre bonne nouvelle pour l’Allemagne, la vague récente d’immigration a accéléré le rythme de création d’entreprises. D’après « The Economist », en 2015, les étrangers ont créé 44% des nouvelles entreprises allemande. La diversité est résolument un atout économique.

Alors, si nous voulons favoriser la création d’emploi en France et réduire notre déficit commercial, n’ajoutons pas des freins supplémentaires à la réussite des entreprises qui exportent !

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