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Mardi 12 Mai 2026

La Rencontre des Entrepreneurs de France (REF) Auvergne-Rhône-Alpes AVEC LA REF | MEDEF Auvergne-Rhône-Alpes

Alain Bauer : « Il n’y a jamais eu de globalisation heureuse »

Alain Bauer, professeur de criminologie, interviendra los de La REF 2026 à Clermont-Ferrand.

Alain Bauer, professeur de criminologie, interviendra los de La REF 2026 à Clermont-Ferrand.

Le 4 juin prochain, le MEDEF Auvergne-Rhône-Alpes donne rendez-vous aux dirigeants à Clermont-Ferrand pour la Rencontre des Entrepreneurs de France Auvergne-Rhône-Alpes. Dans un monde en pleine recomposition, cette édition 2026 mettra au coeur des échanges les enjeux de géoéconomie, de souveraineté et de compétitivité. Parmi les temps forts, l’intervention d’Alain Bauer, professeur émérite au Conservatoire national des arts et métiers, qui livrera son analyse du « choc des empires » et de la géopolitique de la post-mondialisation. Un éclairage précieux pour mieux comprendre les rapports de force à l’oeuvre et anticiper leurs impacts sur les entreprises.

La mondialisation a pu être qualifiée d’heureuse lorsqu’elle était plus ou moins régie par des règles mais elle a été l’une des causes de la profonde désindustrialisation du pays. Dans ces conditions, la fin de la « mondialisation heureuse » peut-elle avoir des conséquences encore plus délétères ? Doit-on vraiment la redouter ?

Alain Bauer : L’histoire économique du monde est marquée par des cycles d’ouverture sur les marchés, d’échanges puis d’effets de prédation ou de renfermement. Il y a déjà eu plusieurs mondialisations de toutes natures, avec des accélérations historiques après une innovation majeure (navires, avions, …). Entre instauration du troc, apparition de la monnaie, et régulation des échanges par les taxes et les douanes, l’effondrement des barrières financières et la mondialisation du commerce dans les années soixante-dix ont développé une illusion d’un marché créant des libertés démocratiques par nature alors que ce n’a jamais été son rôle ni sa mission. La globalisation heureuse est née de cette promesse sans contenu. Il n’y a jamais eu de globalisation heureuse. Il y a eu moins de guerres en Europe — encore que cela puisse être discuté — mais ailleurs dans le monde, elles ont été au moins aussi nombreuses, voire davantage. Mais loin des yeux des médias occidentaux. Après la crise Yougoslave (1999), la décennie des illusions et des « dividendes de la paix » a pris fin sans que nous nous en rendions compte. La guerre d’Ukraine, vingt ans plus tard a provoqué un réveil brutal mais tardif.

L’économie a toujours subi les conséquences des crises géopolitiques, mais ces crises s’enchainent et s’amplifient aujourd’hui avec une résurgence des impérialismes. Pensez-vous que ce soit un cycle long qui commence ?

A.B. : Le cycle a commencé il y a déjà longtemps. Tout était déjà écrit en 2000. Mais nous avons refusé d’y croire. Pas faute d’informations, mais du fait de notre impossibilité à admettre l’existence de logiques impériales renaissantes, de rejets des effets de décolonisations ratées, de la revanche, parfois la vengeance, de l’histoire et de la géographie hors du champ très normé d’une cartographie du monde autocentrée et ignorante des tribus, peuples, nations et croyances religieuses qui devaient être dissoutes dans le grand marché mondial. Ce processus est loin d’être terminé.


Quelles peuvent être les clés de résilience pour les entreprises dans un monde en grande partie dominé par la force ?

A.B. : Comprendre le monde en se dotant des moyens de la connaissance, comme le font désormais les Etats et les grandes entreprises qui investissent dans la formation, notamment géostratégique. Contrairement à une idée très répandue, les organisations professionnelles peuvent parfaitement mutualiser les accès à la connaissance et à la résilience tout en permettant l’expression de demandes plus spécifiques. Le Conservatoire National des Arts et Métiers partage depuis longtemps avec le MEDEF et les organisations professionnelles le souci de cette mise à disposition. 


Relocalisation et souveraineté sont les nouveaux paradigmes mis en avant. Sont-ils les bons outils pour une région industrielle comme Auvergne-Rhône-Alpes ? Sont-ils crédibles/possibles dans la realpolitik que nous prenons en pleine figure ?

A.B. : Ces éléments sont au coeur d’une realpolitik de souveraineté. La France dispose de nombreux atouts, d’inventeurs, de start-ups, d’entrepreneurs mais qui se heurtent encore à une bureaucratie tatillonne et des difficultés d’investissement nombreuses que les grandes annonces solennelles sont loin d’avoir réglé. A tel point qu’il semble plus facile de s’expatrier pour entreprendre, ce que je constate régulièrement lors de mes missions hors de France.

 

Retrouver Alain Bauer lors de la Rencontre des Entrepreneurs de France Auvergne-Rhône-Alpes le 4 juin prochain à Clermont-Ferrand.

Programme et inscriptions : https://info.medef-aura.fr/inscriptions_refaura26

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