Syndicats et salariés de Polytechnyl se sont regroupés devant le site de Belle Etoile, à Saint-Fons, ce mardi 28 avril pour dénoncer la reprise par le fonds texan Lone Star.
A. Desfève
Lundi 27 avril, le Tribunal des activités économiques de Lyon a validé la reprise de Polytechnyl par Lone Star. Le fonds texan ne reprend que 72 des 547 salariés des sites de Saint-Fons et Valence. Et uniquement les biens immatériels (brevets, marque), pas l'outil de production. Les syndicats dénoncent une « banqueroute orchestrée » et craignent un effet domino dans la Vallée de la Chimie lyonnaise.
Une reprise à 10,1 millions d’euros avec 72 salariés conservés sur 547 : tel est le contenu de l’offre de reprise du fonds américain Lone Star pour Polytechnyl, la branche française de Domo Chemicals, et qui a été validée lundi 27 avril par le Tribunal des activités économiques de Lyon.
Polytechnyl avait été placée en redressement judiciaire en janvier. L'entreprise, spécialisée dans la fabrication de polyamide, est implantée sur deux sites : le principal, Belle Etoile, à Saint-Fons (site historique de Rhône-Poulenc), emploie 450 salariés alors que celui de Valence compte 90 personnes. À noter que Lone Star a repris tous les autres sites de Domo Chemicals un peu partout dans le monde, notamment le siège en Belgique. Les 72 salariés de Polytechnyl repris – pour un an - sont principalement issus de la R&D et du service commercial ; ils sont basés uniquement sur le site de Saint-Fons.
Reprise des brevets et des marques, pas de la production
Et c’est ici, devant l’entrée principale, que l’intersyndicale (Unsa, CFDT, CFE-CGC et CGRT) a convoqué assemblée générale et conférence de presse, mardi 28 avril, et où étaient présentes environ 200 personnes. Les motifs de colère sont nombreux. Il y a, bien sûr, les près de 500 salariés laissés sur le carreau. Il y a les 700 euros qui leur sont proposés, « en solde tout compte », ironise un représentant syndical. Il y a le fait que Lone Star reprend les brevets, les marques, mais pas le foncier ni l’outil de production. Il y a le montant de la reprise : à peine plus de 10 millions d’euros « quand les stocks valent 17 millions », assure Pascal Mayen, délégué syndical Unsa. Pour lui, l’offre de Lone Star n’est même pas une offre, « c’est une liquidation partielle avant une liquidation totale ». Il dénonce également les manœuvres du groupe chimique allemand BASF pour s'assurer le monopole.
Alors que la cessation de paiements est intervenue le 7 janvier, Pascal Mayen explique qu’un délai avait été demandé à l’Etat, le temps de trouver un acteur qui reprenne les actifs industriels, mais qu’il n’en a rien été. Quid de la Métropole de Lyon ? Dans un communiqué publié mardi 28 avril, le nouvel exécutif tape sur l’ancien : « Alors que cette crise était connue de longue date, le nouvel exécutif a fait le constat, dès son installation il y a trois semaines, qu'aucune mesure d'envergure n'avait été anticipée pour protéger ce site stratégique avant sa prise de fonction ».
Un effet domino dans la vallée de la Chimie ?
Quelle sera la suite ? La production cessera dès le 30 avril. Les salariés seront notifiés de leur licenciement. De plus, les inquiétudes sont nombreuses quant à l’effet domino de cet événement sur la vallée de la Chimie sur des acteurs comme Elkem – déjà fortement éprouvé par l’accident survenu fin 2025 - Syensqo ou encore Kem One. Les syndicats, de leur côté, affirment ne pas baisser les armes, et réfléchir à des procédures judiciaires.