Un consortium va investir 40 millions d'euros pour moderniser le terminal du port Edouard Herriot de Lyon.
A.R.
Avec l’annonce du lancement d’une barge à conteneurs, motorisée électriquement, la CMA-CGM ambitionne de créer une autoroute fluviale de 330 kilomètres, entre le port de Marseille-Fos-sur-Mer et Lyon. Sur l’un des axes les plus chargés de l’Hexagone, l’initiative semble en mesure d’amorcer un certain rééquilibrage en faveur des modes alternatifs décarbonés au transport routier, aujourd’hui dominant sur cet axe.
Selon l’Autorité de Régulation des Transports (ART), les deux corridors Mer du Nord-Méditerranée et Méditerranée concentrent 60 % du trafic fret ferroviaire hexagonal. Pour le fluvial, la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) a engagé un programme de développement des ports le long du fleuve. Elle avait signé un partenariat à Portes-lès-Valence, l’été dernier, à l’occasion duquel Rhenus Logistics avait lui aussi déclaré ses ambitions. « Le Rhône est l'un des fleuves dont la navigabilité est la meilleure en Europe et pourtant c'est l'un des moins utilisés », constatait Jean-Marc Thomas, directeur général de Rhenus France. Mais en dépit de ces efforts, CMA-CGM le confirme : sur la liaison Marseille-Lyon, caractérisée par sa pollution et ses encombrements routiers, 80 % des marchandises sont acheminées par la route, 15 % par le rail et moins de 5 % par le fleuve, ceci alors que, selon l’Ademe, le transport fluvial émet trois à cinq fois moins de CO2 que la route. Pour parvenir à un certain rééquilibrage, il fallait bien un opérateur de la taille de la CMA-CGM, troisième armateur mondial et détenteur, pour les 30 prochaines années, de l’exploitation du terminal fluvial de Lyon.
Un investissement de 20 millions d’euros pour une barge à motorisation électrique
La barge longue de 185 mètres, à motorisation électrique, pourra transporter, à partir de 2028, jusqu'à 156 conteneurs standards, remplaçant autant de camions. Aujourd’hui, les péniches se contentent d’à peine 70 000 conteneurs chaque année. CMA-CGM vise les 100 000 conteneurs transportés sur le Rhône, et 60 000 par voie ferroviaire, chaque année, à l’horizon 2030. Ce projet est rendu possible par la création de stations de recharge électrique installées tout le long du Rhône par la CNR. Pour CMA-CGM, cela représentera un investissement de 20 millions d’euros. Cette mise en œuvre est l’une des déclinaisons concrètes du plan « Marseille en grand » annoncé en septembre 2021 par Emmanuel Macron, visant notamment la transformation du port maritime « en un grand port fluvio-maritime allant de Marseille à Lyon ».
40 millions d’euros pour le port Edouard Herriot
De plus, la CCI d'Aix-Marseille-Provence, celle de Lyon Métropole-Saint-Étienne-Roanne, la Banque des Territoires et la CNR se sont associées à CMA-CGM au sein d'un consortium pour encourager ce développement. Il va investir 40 millions d'euros pour moderniser le terminal du port Edouard Herriot de Lyon (deux ans de travaux). « L’ensemble contribuera à faire de la France une porte d'entrée décarbonée vers l'Europe », a souligné il y a quelques jours Rodolphe Saadé, Pdg de CMA-CGM, dans une déclaration à l'AFP. Il vient aussi d’annoncer l'ouverture prochaine par la Fondation CMA-CGM d'un deuxième entrepôt solidaire, près de Lyon, sur le modèle de ce qui a été fait à Marseille, afin de mettre à disposition l'expérience logistique du groupe, au service d'une vingtaine d'associations pour soutenir l'aide alimentaire et humanitaire, en France, comme à l'international.