Christophe Ferrari, Séverine Dejoux et Olivier Six ont appris le rejet de leur dossier de reprise de Vencorex le 25 mars 2026.
Morgane Poulet
Elle était attendue depuis de longs mois : la décision du tribunal de commerce de Lyon concernant le projet de reprise de Vencorex, Exalia, est tombée ce 25 mars. La justice l’a rejeté au profit de la cession des terrains et du démantèlement de l’usine.
Le couperet est tombé au Pont-de-Claix, ce 25 mars. Après avoir déposé leur projet de reprise de Vencorex, nommé Exalia, auprès du tribunal de commerce de Lyon le 28 novembre 2025, les porteurs de projet et leurs partenaires attendaient une réponse avec impatience. Elle leur a finalement été rendue avec un jour de retard et n’a pas été celle escomptée. Le tribunal a en effet décidé de rejeter le dossier.
« C’est une immense surprise, nous sommes écœurés, étonnés », a commenté Olivier Six, investisseur d’Exalia et PDG de CCI Orio. La raison évoquée par le tribunal est « une incapacité technique et financière à gérer un site Seveso ». En parallèle, les porteurs de projet ont appris qu’une partie des terrains avait été cédée à Suez et PDC Chemicals et que la proposition du ferrailleur drômois All Metal avait été acceptée, « tuant ainsi Exalia ».
Une souveraineté nationale mise à mal
« Le ferrailleur aura trois ans pour démanteler l’usine et revendre des pièces, précise Séverine Dejoux, ex-déléguée CGT de Vencorex et porteuse du projet. Sauf que dans trois ans, le site sera devenu une friche inutilisable. Aujourd’hui, il nous est dit que l’on préfère démanteler plutôt que donner sa chance à un projet qui n’avait pourtant jamais été remis en question ».
L’équipe avait effectivement confiance en son dossier, qu’elle qualifie toujours de « solide ». Alors qu’il avait une première fois été refusé par le tribunal qui jugeait que Vencorex ne possédait pas suffisamment de trésorerie pour reprendre ses activités, Exalia était « surfinancé », explique Olivier Six. « Nous avions 80 millions d’euros de financement, dont des fonds signés pour obtenir 12 millions d’euros, la Bpifrance qui travaillait à nous allouer un fonds de 10 à 15 millions d’euros et des centaines de lettres d’intention de clients, car notre production aurait été stratégique. La soude, par exemple, est majoritairement importée des pays du Golfe et nous aurions en plus pu produire de l’acide chlorhydrique » et du chlore liquide. Autant de matériaux cruciaux pour les secteurs du nucléaire, de la papeterie, de la chimie, de la sidérurgie, du traitement de l’eau et de l’agroalimentaire.
Une décision difficilement entendable pour Exalia
Le dossier Exalia était également déposé aux côtés de deux autres acteurs, qui s’étaient entendus pour le rendre viable : Suez et le groupe chinois Wanhua, qui devait reprendre une partie des ateliers. En tout, 250 emplois auraient été créés dans les deux ans, puis 1 000 d’ici cinq ans. Qui plus est, la raison invoquée par le tribunal, celle de la gestion technique et financière d’un site Seveso, semble « étrange » pour les porteurs de projet, qui expliquent avoir déposé leur dossier auprès de la Dreal et être en lien avec elle, de même qu’avec un bureau d’études spécialisé.
ll n’est pas possible que l’histoire se finisse toujours comme ça.
Désormais, les porteurs de projet comptent interpeller Sébastien Martin, le ministre de l’Industrie, qui doit se rendre sur place le 26 mars, « afin de ne pas abandonner l’industrie au Pont-de-Claix comme en France, explique Christophe Ferrari, maire de la commune et président de Grenoble-Alpes Métropole. Il y a quelques mois, il nous a indiqué que tous les voyants étaient au vert pour l’Etat. Il n’est pas possible que l’histoire se finisse toujours comme ça ». Actuellement, le seul recours possible est que le procureur de la République de Lyon, Thierry Dran, intervienne.