L’évolution des débits du fleuve devient une préoccupation majeure et le deviendra de plus en plus avec la disparition des glaciers alpins d’ici la fin du siècle.
Une récente étude de l’Agence de l’Eau fait le point sur le débit du fleuve Rhône et sa température, les évolutions passées et celles attendues, leurs causes et conséquences. L'alerte sonnée il y a quelques années est confirmée...
Depuis 1960, le débit moyen du Rhône a, pendant l’été, diminué de 7 % à la sortie du lac Léman et de 13 % à Beaucaire, en Camargue, où il devrait encore baisser de 20 % à horizon 2055. Par ailleurs, son eau s’est réchauffée en moyenne de 2,2 °C au nord (près de la Suisse) et de 4,5 °C au sud (près de la Méditerranée). Sur son bassin versant, il fait aujourd’hui plus chaud : en moyenne de 1,8 °C, avec des points hauts comme en Ardèche (+ 3,6 °C l’été). Ce sont quelques constats que nous livre la dernière étude de l’Agence de l’Eau*.
Tous concernés
Si le fleuve le plus puissant de France (trois fois le débit de la Seine ou de la Loire) offre aujourd’hui une ressource en eau « relativement abondante », il n’est pas inépuisable. Et il est temps de se pencher sérieusement sur son avenir. La question n’est ni théorique ni lointaine, elle touche tout un chacun : l’eau du Rhône irrigue l’agriculture ; elle est consommée par l’industrie, rafraîchit les centrales nucléaires, produit un quart de l’hydroélectricité du pays, propose des loisirs et attire des touristes fluviaux, tout en participant à un certain équilibre environnemental ; sans parler, bien sûr, des 2,3 millions de personnes alimentées en eau potable par le fleuve et sa nappe.
Il y a quelques années déjà, Élisabeth Ayrault, Pdg de CNR, lançait publiquement les premières alertes sur les effets du changement climatique sur le Rhône. L’étude de l’Agence de l’Eau apporte de nouveaux éléments scientifiques qui doivent guider les actions à venir dans un bassin où le dialogue entre les parties prenantes (industriels, élus, agriculteurs, associations, etc.) fonctionne plutôt correctement, si l’on en croit Martial Saddier, président du Comité de bassin Rhône-Méditerranée. L’évolution des débits du fleuve devient une préoccupation majeure. Et le deviendra de plus en plus avec la disparition des glaciers alpins d’ici la fin du siècle.
Moins de neige, plus de pluie
Nécessairement contradictoires, les débats sur l’avenir du Rhône devront pourtant se méfier des esprits polémiques et des impacts de l’actualité. La réalité est plus complexe qu’un titre de tract ou un reportage du journal télévisé. Ainsi, à l’échelle du bassin-versant du Rhône, les précipitations annuelles n’ont pratiquement pas évolué en 60 ans. C’est la quantité de neige tombée qui a diminué (- 10 %) en raison du réchauffement de l’air, et cette tendance va se poursuivre.
Conséquence, l’écoulement des eaux n’est plus le même : les pluies, plus nombreuses et violentes en hiver et au printemps, nourrissent moins le sol que la lente fonte des neiges. On n’a donc pas fini de débattre de l’intérêt des « bassines » et autres réservoirs qui permettraient de stocker les pluies de l’hiver pour s’en servir l’été. L’un de ces réservoirs fera parler de lui dans les décennies à venir : le lac Léman, que traverse le Rhône et dont le flux est aujourd’hui maîtrisé par l’État de Genève. En attendant, après un été 2022 sec et un hiver peu enneigé, la vallée du Rhône pourrait vivre un été 2023 difficile.
* Étude réalisée par le bureau BRL-Ingénierie, en association avec Hydrofis, Aralep et l’Université de Lausanne. Travaux suivis par la Dreal, l’Inrae, CNR, EDF, la Draaf et l’Office français de la biodiversité.
Cet article a été publié dans le numéro 2531 de Bref Eco.