Clément Baldellou, cofondateur de Capillum, considère « le cheveu comme une ressource. »
Geneviève Colonna d'Istria
C’est une innovation qui ne passe pas inaperçue. La start-up clermontoise Capillum développe une doudoune conçue à partir de cheveux recyclés, un projet à la croisée de l’économie circulaire et de l’industrie textile, fruit de plusieurs années de recherche et de développement.
De la collecte dans les salons de coiffure jusqu’au produit fini, la démarche repose sur une filière entièrement structurée autour d’une matière encore largement sous-exploitée. « Un million de Français se font couper les cheveux chaque jour, soit près de 4 000 tonnes jetées par an », rappelle Clément Baldellou, cofondateur de Capillum qui considère « le cheveu comme une ressource. »
Depuis sa création en 2019, l’entreprise a fédéré plus de 6 000 salons partenaires. Résultat : entre 15 et 20 tonnes de cheveux collectées chaque mois, acheminées vers son site industriel de Clermont-Ferrand. Jusqu’ici, Capillum valorisait cette matière dans l’agriculture, notamment via des tapis de paillage biodégradables. Un segment devenu rentable, qui a contribué à structurer l’activité et à dépasser les 2 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Le cheveu possède des propriétés isolantes très proches de la laine. On s’est donc naturellement orientés vers le textile.
Mais l’entreprise souhaite désormais élargir ses débouchés. « Le cheveu possède des propriétés isolantes très proches de la laine. On s’est donc naturellement orientés vers le textile », explique Clément Baldellou. La doudoune devient ainsi un nouveau terrain d’expérimentation, avec l'ambition de tester une application industrielle à plus grande échelle.
Après plusieurs mois de recherche et développement, les premiers prototypes ont vu le jour. Le principe consiste à transformer les cheveux en une matière isolante intégrée dans le rembourrage textile. L’ensemble du produit est conçu en circuit court, en Auvergne-Rhône-Alpes, du garnissage à la confection.
Une campagne de précommandes
Reste à valider la viabilité économique du projet. Pour cela, Capillum lance une campagne de précommandes sur la plateforme Ulule. Objectif : mesurer l’intérêt du marché et financer le passage à l’échelle industrielle. « Il nous faut au moins une centaine de doudounes vendues pour lancer la production », précise le cofondateur. Les prix s’échelonnent entre 159 euros pour une version sans manches et 199 euros pour un modèle complet.
En parallèle, la start-up travaille à structurer une filière locale, avec des partenaires situés à moins d’une heure de Clermont-Ferrand. Matelassage, découpe, confection : chaque étape doit être réalisée en circuit court afin de limiter les transports et renforcer l’ancrage territorial du projet.