Président d’Intersoie, Xavier Lépingle est aussi vice-président d’Unitex et directeur général de la holding Textile Hermès.
Il y a quelques jours, s'achevait la 4e édition du festival Silk In Lyon, au Palais de la Bourse. Un moment destiné à faire découvrir le monde de la soie au grand public avec, en filigrane, l’objectif de séduire les jeunes et de créer des vocations. Retour sur cette ambition avec Xavier Lépingle, président d’Intersoie, la Fédération des industries de la soie (membre d’Unitex), organisateur du festival.
Au-delà des beaux produits en soie, le festival Silk In Lyon est aussi l'occasion d'aborder l'économie de la filière. Que représente aujourd’hui l’industrie de la soie en France ?
Xavier Lépingle : La totalité des acteurs de la soie française se situe dans notre région. C’est le bassin historique depuis la Renaissance. Il comprend 40 entreprises (sur un total de 600 entreprises textiles en Auvergne-Rhône-Alpes) pour 2 000 emplois (sur un total de 17 000 empois en Auvergne-Rhône-Alpes) représentant 1 Md€ de ventes en magasin (sur un total de 3,3 Md€ de ventes de textiles aurhalpins). La dynamique de relocalisation industrielle actuelle va dans notre sens puisque toutes les étapes de la filière sont opérées en local : le moulinage en Ardèche, le tissage dans la Loire et le Nord Isère, l’ennoblissement à Lyon, l’impression à Lyon et dans le Nord Isère, le dessin gravure autour de Bourgoin-Jallieu.
Seule la production de la soie est absente, cela depuis les années cinquante. Le ver ne mange que des feuilles fraîches de mûrier, ce qui rend la production impossible en France en hiver, contrairement à l’Asie où les coûts sont en outre moins importants.
N’est-il pas imaginable d’accepter des coûts de production plus importants pour fabriquer des objets de luxe ?
Xavier Lépingle : Pourquoi pas, mais il y a un autre problème : nous ne savons plus « dévider » les cocons et n’avons plus les machines dédiées.
Quid de la conjoncture sur le marché des produits en soie ?
Xavier Lépingle : C’est un marché toujours en croissance. Et depuis la fin du covid, la croissance est même à deux chiffres ! L’Ukraine n’a pas d’impact « business ». Elle a en revanche un impact « énergie » fort qui peut fragiliser les entreprises indépendantes dont certaines ont vu passer le coût de l’énergie de 10 à 50 % de leur chiffre d’affaires, les plus concernés étant les ennoblisseurs. D’autres appartiennent à des groupes qui ont beaucoup de moyens et peuvent absorber les hausses. Les prix vont cependant augmenter car il est plus facile de répercuter la hausse des coûts sur une robe Chanel que sur un yaourt !
Qu’en est-il des capacités de production ?
Xavier Lépingle : C’est là que le bât blesse. En Auvergne-Rhône-Alpes, le textile propose 1 000 postes ouverts au recrutement dont 20 % dans la soie. Pour recruter, nous devons revaloriser l’image de la production. C’est un peu le sens de Silk In Lyon. L’enjeu, c’est d’attirer des jeunes dans les écoles. Et pour convaincre, nous faisons promouvoir les métiers par les élèves eux-mêmes.
Existe-t-il des formations au travail de la soie ?
Xavier Lépingle : Non, il s’agit de formations textiles généralistes. Puis les entreprises forment les recrues. Nous avons la chance d’avoir les outils de formation en textile, du CAP à l’ingénieur. Ils n’ont jamais disparu. Mais devant le manque de candidats, les entreprises forment aussi des gens non diplômés.
Cet article a été publié dans le numéro 2517 de Bref Eco.