Denis Tessier, directeur régional eau Auvergne-Rhône-Alpes de Suez.
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A l'occasion de la Journée mondiale de l'eau, qui se déroule dimanche 22 mars, Denis Tessier, directeur régional eau Auvergne-Rhône-Alpes de Suez, publie une tribune sur le rôle d'infrastructures invisibles mais pourtant essentielles : les stations de traitement des eaux usées.
Dans un monde confronté aux effets du changement climatique et à des tensions géopolitiques croissantes, les infrastructures de l’eau prennent une dimension de plus en plus stratégique. À ces défis s’ajoutent la raréfaction des ressources et la nécessité de sécuriser des approvisionnements essentiels, plaçant l’eau au cœur des enjeux de souveraineté des territoires.
Cette année, la Journée mondiale de l’eau coïncidera avec le second tour des élections municipales, le 22 mars. Ce calendrier met en lumière un enjeu majeur : face aux défis climatiques et énergétiques, la capacité des territoires à valoriser leurs ressources locales devient un levier clé de leur souveraineté.
Au cœur de cet enjeu se trouvent des infrastructures souvent invisibles mais essentielles : les stations de traitement des eaux usées. Longtemps considérées uniquement comme des équipements techniques, elles peuvent aujourd’hui devenir de véritables leviers au service du développement durable, de la production de nouvelles ressources et ainsi de la souveraineté énergétique de nos territoires.
Derrière le traitement de l’eau se cache une réalité encore peu connue : l’assainissement est l’un des services les plus énergivores du cycle de l’eau. La Directive européenne sur les Eaux Résiduaires Urbaines (DERU) fixe d’ailleurs un cap clair : les stations de plus de 10 000 équivalents habitants devront atteindre progressivement la neutralité énergétique : 20 % en 2030, 40% en 2035, 70% en 2040 et 100 % en 2045.
L’enjeu ne consiste donc plus seulement à traiter l’eau efficacement, il s’agit aussi de transformer ces infrastructures pour réduire leur empreinte environnementale, maîtriser leurs consommations énergétiques et produire localement des énergies renouvelables. Sur notre territoire d’Auvergne-Rhône-Alpes, cette transformation est déjà en marche : en 2024, les stations exploitées par SUEZ de plus de 10 000 équivalents habitants atteignent déjà 46 % d’autoproduction énergétique en moyenne, preuve que ces infrastructures peuvent devenir des producteurs d’énergie locale.
La sobriété énergétique comme premier levier
La première étape de cette transition consiste à réduire les consommations. Dans une station d’épuration, le poste d’aération, nécessaire au traitement biologique, peut représenter jusqu’à 60 % de la consommation énergétique totale de ces infrastructures détenues par des collectivités(1).
Grâce aux outils numériques et à l’intelligence artificielle, il est désormais possible d’ajuster en temps réel les besoins en air du procédé de traitement. Suez a ainsi développé une technologie innovante qui permet d’injecter précisément la quantité d’air nécessaire, au moment optimal du processus, grâce à l’utilisation de capteurs intelligents. Cette approche optimise la consommation énergétique sur la durée, réduisant ainsi les coûts liés au traitement.
Cette solution est déjà en œuvre dans l’Allier et le Rhône : sur 3 stations, elle a permis d’économiser près de 200 000 kWh au total. L’objectif est d’atteindre d’ici la fin de l’année environ 800 000 kWh supplémentaires d’économies à l'échelle de la région, soit 360 tonnes de CO2 ou l’équivalent de 160 aller/retour Paris-New York économisés.
Innover pour limiter l’impact environnemental
La transition de l’assainissement repose également sur l’innovation dans les procédés. L’adaptation aux spécificités locales permet d’améliorer l’efficacité globale des stations d’épuration et contribue à la souveraineté du territoire.
En Savoie, par exemple, en collaboration avec les collectivités, le remplacement du chlorure ferrique par du coagulant organique a permis de réduire de 15 % les volumes de boues produits. Cette évolution représente près de 300 tonnes de boues en moins à transporter et à traiter chaque année, soit moins de 15 camions sur les routes et moins de produits chimiques utilisés.
Produire de l’énergie à partir des eaux usées
Au-delà d’être plus sobres, les stations d’épuration peuvent également devenir des sites de production d’énergie renouvelable.
Les boues issues du traitement des eaux usées peuvent être valorisées par méthanisation afin de produire du biogaz, ensuite transformé en biométhane et injecté dans le réseau de gaz. Cette énergie est produite localement à partir d’une ressource disponible sur le territoire : nos eaux usées.
En Auvergne-Rhône-Alpes, Suez participe à cette dynamique à travers l’exploitation de plusieurs installations, notamment dans le Rhône, la Loire ou encore en Haute-Savoie.
Au total, 5 installations injectent aujourd’hui l’équivalent de 62,5 GWh d’énergie renouvelable dans les réseaux de gaz urbain, soit l’énergie nécessaire pour chauffer chaque année 10 000 logements.
Des infrastructures au cœur de la souveraineté des territoires
Ces évolutions traduisent un changement de paradigme : les stations de traitement des eaux usées ne sont plus seulement des outils de dépollution, mais des plateformes de valorisation des ressources.
Production de biométhane, optimisation énergétique, récupération de chaleur, valorisation des sous-produits minéraux… ces solutions existent déjà et doivent désormais changer d’échelle sur nos territoires.
En Auvergne-Rhône-Alpes, les installations exploitées par Suez s’inscrivent dans cette dynamique, avec un niveau d’autoproduction énergétique en avance sur les objectifs européens fixés par la future directive sur les eaux résiduaires urbaines. Ces résultats reposent à la fois sur les investissements engagés et sur l’expertise des équipes qui conçoivent, exploitent et optimisent ces équipements aux côtés des collectivités. À l’heure où les territoires cherchent à renforcer leur autonomie énergétique et à sécuriser leurs ressources, les infrastructures de l’eau peuvent devenir un levier concret de transition.
Au cœur même de nos eaux usées se cache parfois une ressource précieuse : celle qui peut contribuer à bâtir des territoires plus sobres, plus autonomes et plus durables.
(1) Chiffres ADEME / La filière Eau, fiche pratique.
Cette tribune a été publiée par Denis Tessier, directeur régional eau Auvergne-Rhône-Alpes de Suez. Elle n'engage que son auteur.