Dr Rosalie Douyon, responsable du développement entrepreneurial et professeur associé en entrepreneuriat et stratégie à l’Esdes/Ucly.
Le 8 mars est souvent l’occasion de rappeler des chiffres que l’on connaît par cœur : moins de femmes entrepreneures, moins de financements, moins de visibilité. Ces constats sont bien réels et appellent à une amélioration continue. Ils doivent être pris en compte et traités durablement à travers des politiques publiques ainsi que par l’évolution de nos pratiques économiques vers des modèles plus responsables, équitables et performants.
Mais cette journée internationale des droits des femmes est aussi et surtout une opportunité de mettre en lumière ce qui fonctionne, ce qui progresse et ce qui réussit. L’entrepreneuriat des femmes en fait partie.
Longtemps, l’entrepreneuriat a été pensé, étudié et raconté au masculin. Comme le rappellent les auteurs Carrier, Julien et Menvielle (2006). Depuis, le regard a profondément évolué. L’entrepreneuriat des femmes est désormais reconnu comme une voie stratégique de développement économique, d’innovation sociale et d’émancipation professionnelle
(Douyon, 2024).
Des femmes souvent jeunes, diplômées et porteuses de projets ambitieux
Aujourd’hui, les femmes entrepreneures ne sont plus des exceptions. Selon le rapport 2025 « Women’s Entrepreneurship Report : Navigating Challenges, Driving Change » du Global Entrepreneurship Monitor, elles sont souvent jeunes, diplômées et porteuses de projets ambitieux. À l’échelle mondiale, elles sont en moyenne légèrement plus jeunes que les
hommes entrepreneurs, avec une forte représentation des 18-35 ans (43,9 % contre 42,4 % pour les hommes). Les femmes sont aussi, globalement, plus diplômées.
Selon cette même étude, dans les pays à revenu élevé, les femmes sont surreprésentées parmi les diplômées de l’enseignement supérieur, y compris aux niveaux master et doctorat. Cette dynamique traduit
l’émergence d’un entrepreneuriat à fort potentiel, tourné vers la croissance, l’innovation et la création de valeur durable.
Entreprendre ne se fait jamais seul
Les recherches le montrent clairement : les entrepreneurs qui réussissent à créer des entreprises pérennes ne se distinguent pas uniquement par leur capacité à identifier une opportunité de marché. Ils bénéficient aussi de soutiens déterminants, mentors, pairs, entrepreneurs expérimentés qui les conseillent, les mettent en relation avec des clients, des fournisseurs ou des financeurs, et les soutiennent moralement dans les moments décisifs.
Dans l’entrepreneuriat des femmes, un acteur clé ressort avec force : le conjoint. Les travaux de Nikina, Le Loarne et Shelton (2012) et de Le Loarne-Lemaire (2013) montrent que le conjoint constitue souvent la première source de soutien matériel et affectif. Il offre un environnement d’amour, de sécurité et de confiance qui permet aux femmes entrepreneures d’oser, de persévérer et de rebondir.
Ce soutien prend des formes multiples. Il est professionnel par des conseils, des contacts, un regard extérieur. Il est moral par l’écoute, l’encouragement, la présence dans les périodes de doute. Il est aussi domestique et familial : partager les tâches, aller chercher les enfants à
l’école, gérer le quotidien. Autant de gestes souvent invisibles, mais essentiels, qui libèrent du temps, de l’énergie et de la sérénité pour entreprendre.
La réussite entrepreneuriale des femmes n’est pas une aventure solitaire, mais une construction collective.
L’étude de D’Andria (2014) sur les « mampreneures » (mamans entrepreneures) illustre parfaitement cette réalité. À travers des parcours de femmes ayant créé leur entreprise au moment de leur maternité, l’auteure montre combien l’entrepreneuriat peut être une réponse créative aux contraintes, mais aussi combien il s’appuie sur un entourage soutenant. Ces trajectoires rappellent que la réussite entrepreneuriale des femmes n’est pas une aventure solitaire, mais une construction collective.
Mettre en lumière le rôle du conjoint et des proches ne revient pas à minimiser la compétence, l’audace ou la détermination des femmes entrepreneures. Bien au contraire. Cela permet de reconnaître que la réussite économique est aussi une affaire d’écosystème, de solidarités et
d’alliances du quotidien.
En ce 8 mars, célébrer l’entrepreneuriat des femmes, c’est aussi changer de regard. C’est passer d’un discours centré sur les manques à un récit fondé sur les réussites. C’est reconnaître que de plus en plus de femmes entreprennent, innovent, créent de l’emploi et transforment
l’économie souvent grâce à un entourage engagé à leurs côtés.
Et si l’égalité passait aussi par là : faire de la réussite des femmes une réussite partagée.
Cette tribune a été publiée par le Dr Rosalie Douyon, Responsable du Développement Entrepreneurial, et professeur associé en entrepreneuriat et stratégie à l’Esdes/Ucly. Elle n'engage que son auteur.
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