Discrète et pourtant essentielle dans le paysage scientifique national, la recherche du groupe Orange apporte une contribution majeure à la capacité d’autonomie technologique du pays. La France profite aujourd’hui de ses travaux notamment en termes de résilience des réseaux et de cybersécurité comme l’explique la directrice de la recherche du groupe, Lyse Brillouet.
Quel est aujourd’hui le périmètre de la recherche chez Orange ?
Nous sommes les héritiers du Centre national d'études des télécommunications (CNET) qui avait été intégré à France Télécom puis à Orange et nous sommes aujourd’hui l’un des programmes de recherche privé les plus importants en France et en Europe. Nous employons 700 chercheurs répartis dans 13 laboratoires dont 7 à l’étranger et 1 à Meylan près de Grenoble. Ensemble, ces chercheurs produisent un brevet et une publication scientifique remarquable par jour travaillé ! Nous avons 11 000 brevets en portefeuille, ce qui nous place parmi les premiers acteurs mondiaux en matière de propriété intellectuelle. Plus de 2 000 entreprises sont licenciées de nos technologies dans le monde. Un smartphone comprend en moyenne 600 brevets logiciels Orange !
Sur quelles applications concrètes les recherches actuelles vont-elles déboucher dans le futur ?
Nous focalisons aujourd’hui nos investissements de recherche sur l’IA, les réseaux du futur (notamment en termes d’efficience énergétique) et la cybersécurité car c’est un enjeu prégnant pour nos clients particuliers et entreprises mais aussi pour nous. Nous ne travaillons pas seulement sur le temps long. Nous embrassons un calendrier étendu qui court de deux ans à 2040, sachant qu’il n’y a pas de séquence : c’est une boucle d'amélioration continue sur chaque sujet.
Quelle est l’activité du laboratoire de Meylan ?
Il accueille une cinquantaine de chercheurs qui travaillent dans un écosystème riche d’un point de vue entrepreneurial et académique, sur tous nos sujets et plus particulièrement sur l’IA, sur les jumeaux numériques et l’efficience énergétique.
Sur quoi travaillez-vous dans le domaine de l’IA ?
L’IA peut avoir un très gros impact sur l’efficacité et l’automatisation de nos réseaux. Par exemple, nous élaborons des algorithmes qui priorisent les tickets d’incidents et des agents IA qui peuvent réparer les pannes. Nous créons actuellement un jumeau numérique de toutes nos infrastructures et lorsque nos systèmes reçoivent des remontées d’incidents, l’IA les implémente dans le jumeau, nous permettant d’étudier des solutions avant de les injecter dans l’architecture physique.
Et pour les clients ?
Nous proposons depuis l’année dernière notre propre solution d’IA générative, Live Intelligence, une sorte de méta IA qui choisit quel LLM est le plus adapté à la requête du salarié et qui calcule l’empreinte carbone d’utilisation.
Et dans le domaine de la cybersécurité ?
Nous proposons notre application Cybersécure de détection des appels et sms frauduleux qui fonctionne de manière agnostique et boostée à l’IA. Mais nous avons surtout notre nouveau service Orange Quantum Defender pour les entreprises : une offre de réseau privé résistant aux attaques quantiques.
Orange Quantum Defender : c’est déjà demain !
Le Quantum Day approche. Ce jour où un ordinateur quantique (des millions de fois plus rapide qu’un ordinateur classique) pourra casser n’importe quelle clé de sécurité classique en quelques secondes. Comment alors protéger les plans d’une centrale nucléaire, d’un dispositif de défense ou sécuriser un vote électronique ? Orange s’y prépare. Ses chercheurs en cryptographie post-quantique (algorithmes de cryptage plus élaborés) ont déjà bien avancé puisqu’une proposition commerciale existe depuis 2025 : l’Orange Quantum Defender, développée en partenariat avec Toshiba Europe pour la distribution de clés quantiques. Orange a déjà signé trois contrats avec des institutionnels, positionnés sur un anneau de fibre optique parisien. Cette offre repose notamment sur l’installation, au sein de chaque site, d’un appareil qui génère des clés de chiffrement quantiques transmises par voie optique. La nature des lois quantiques fait que toute tentative de lecture de la clé la détruit : un dispositif imparable.