Martin Hirsch et Emmanuel Faber. « Chez Danone, nous sommes très clairs : il faut consommer moins de protéines animales et davantage de protéines végétales », affirme le Pdg.
Demain, un monde sans avion ? En voilà, une question ! Vous en voulez une autre ? Alors, voyager en avion pose-t-il un problème de valeurs ? C’est ce genre d’interrogations, sans tabou, qui a animé la semaine dernière le Campus de l’Engagement, installé trois jours à Autrans, dans le Vercors.
Encore peu connu en Auvergne-Rhône-Alpes malgré la présence d’un bureau à Grenoble, l’Institut de l’Engagement est l’une de ces pépinières sociétales qui œuvre pour l’inclusion de jeunes talents en risque de marginalisation. Créé il y a six ans par Martin Hirsch, il puise dans le vivier de jeunes gens passés par le Service Civique. Chaque année, ce sont 700 jeunes, choisis sur dossier et après un oral (aucun diplôme exigé), qui sont suivis et coachés pour mener à bien un projet professionnel ou de formation qu’ils ne pourraient pas concrétiser par eux-mêmes, n’ayant ni le CV ni les réseaux nécessaires. « Nous aidons nos lauréats, d’origines très diverses, à trouver un job, créer une activité, construire leur avenir en portant les valeurs d’engagement et de citoyenneté tout au long de leur vie », explique Claire de Mazancourt, directrice générale de l’institut.
Pas de langue de bois
Engagés, les jeunes lauréats de l’Institut le sont ! Emmanuel Faber, président de Danone et invité du Campus, a pu s’en rendre compte. Sur un ton poli mais non moins direct, les questions ont fusé… Halte au lait, dictature des multinationales, stop aux emballages plastiques… tout y est passé ou presque. Emmanuel Faber, en habitué des débats musclés (il se rend régulièrement au Forum social mondial, le sommet des antimondialisations), n’en a pas moins servi des réponses sans langue de bois :
- en analyste : « Il y a eu un glissement, depuis 50 ans : le modèle des entreprises cotées en Bourse (les 10.000 premières mondiales) a dérivé vers la maximisation de la création de valeur pour les actionnaires. »
- en homme réaliste : « Le risque de l’engagement, c’est qu’il se transforme en idéalisme, voire en idéologie (...). Notre engagement, chez Danone, c’est de démarrer aujourd’hui le changement sur les emballages, l’étiquetage nutritionnel, la formulation de nos produits, le bilan carbone de nos activités, l’inclusion, etc. Et ça, ça nécessite du réalisme ! C’est une tension permanente de management (...) Passer du grand rêve à un engagement (...), ce n’est pas le chemin des bisounours. »
- en acteur social : « Un seul des salariés de Danone est plus engagé que tous nos actionnaires réunis. Car, à côté de nos laiteries, les salariés ont leur maison, leurs conjoints ont un travail à proximité, leurs enfants sont à l’école. Et si, donc, pour une raison x ou y, on doit fermer une ligne dans une usine, ces salariés seront beaucoup plus engagés et impactés que les actionnaires. »
- et sans ménagement : « Ces dernières décennies, notre modèle d’alimentation (industrielle, N.D.L.R.) a sorti plein de gens de la famine. Mais on ne s’est pas rendu compte qu’on avait un système qui allait, à terme, dans le mur. Et il va dans le mur, aujourd’hui. ». C’est dit.
Cet article a été publié dans le numéro 2377 de Bref Eco.