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Baptiste Canazzi Codirecteur de Noetic Bees

Prendre la rentrée avec philosophie

Publié Le 21.09.2016 À 09H00
Prendre la rentrée avec philosophie

« C’est la reprise ! » Observez attentivement ce point d’exclamation… Tantôt il signifiera votre joie de reprendre un travail que vous aimez. Tantôt il signera l’injonction qui doit vous permettre de vous remettre dans le bain. Tantôt il sera le symbole d’une forme de lassitude à tendance cynique.

Se joue donc dans ce point d’exclamation votre rapport au travail. Reprendre, rentrer, c’est souvent l’occasion de faire l’expérience, au-delà des discours, du rapport que vous entretenez avec votre travail : il vous éreinte, vous stimule, vous pèse… mais vous ne pouvez pas y être indifférent : à la limite on peut être indifférent à la tâche mais pas à l’expérience. Ceux qui se souviennent de leur cours de philosophie se souviendront du lien qui est souvent fait entre le travail et la torture. Doit-on pour autant penser que l’âge adulte est un âge masochiste où le cynisme devient une mesure de protection voire le symptôme d’une inclination au « burn-out » ?

Que l’on se rassure : aimer travailler, ce n’est pas être masochiste ! C’est au contraire vouloir délivrer les possibles que contient le réel. D’abord parce que l’association entre le tripalium (fourche composée de trois pieux ; terme latin supposé être à l’origine du mot travail) et la torture est une demi-vérité : si les Romains s’en sont servis pour la torture, il était d’abord un outil de contention qui permettait aux paysans de tenir les animaux. Ensuite parce qu’on ne remarque jamais assez qu’il s’agit d’un verbe transitif : le travailleur est toujours son propre tortionnaire. Autrement dit, le mot dit moins le travail du contrat que celui de la femme qui est sur le point d’accoucher : travailler au sens de « faire ouvrage ».

« Le travail peut être satisfaisant »

Travailler c’est donc d’abord et avant tout « donner forme » à une matière qui résiste à la torture, c’est tenter de résoudre des problèmes. C’est, en un sens, la définition que peut donner Christophe Dejours, le fondateur de la psychodynamique du travail, qui s’étonne de constater que, bien souvent, nos collaborateurs ne travaillent pas : ils exécutent des tâches prescrites, mais ne sont pas au travail, qu’il définit comme « l’activité coordonnée, déployée, par celles et ceux qui travaillent pour faire face à ce qui n’est pas prévu par l’organisation du travail »*. Autrement dit, c’est d’abord parce que le travail nous met à l’épreuve qu’il est difficile. Mais c’est pour la même raison qu’il peut-être satisfaisant : quand de l’épreuve nous accouchons de solutions dont nous sommes fiers ; raison pour laquelle nous attendons toujours une forme, même minime, de reconnaissance.

Là encore, la vérité se loge dans les nuances. Si le travail provoque quelques souffrances, il faut les traiter, il n’y a pas à en rougir. Pour autant, nous ne ferons pas disparaître la peine ressentie qui peut se convertir en satisfaction. Peut-être est-ce pour cela que Camus disait qu’il faut imaginer Sisyphe heureux ?

* « Évaluation du travail et reconnaissance », Nouvelle revue de psychosociologie 2/2009 (n° 8), p.28.

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