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Mardi 22 Septembre 2020

Cap recrutement AVEC Pôle Emploi

Services à la personne : les recruteurs doivent capitaliser sur un regain d'image post Covid-19

Hélène Miollan, cheffe de projet régionale du secteur des services à la personne.

Hélène Miollan, cheffe de projet régionale du secteur des services à la personne.

La crise sanitaire a mis en lumière les métiers des services à la personne, un secteur qui souffre d’un déficit de reconnaissance et où les offres d’emploi sont supérieures à la demande. Pôle emploi entend aider le secteur à capitaliser sur ce regain d’image pour recruter et accroitre son attractivité. Entretien avec Hélène Miollan, cheffe de projet régionale du secteur des services à la personne.

Quelle est la conjoncture du recrutement dans le secteur des services à la personne en Auvergne-Rhône-Alpes ?

Hélène Miollan : C’est un secteur très important qui connaît depuis longtemps des difficultés de recrutement. Il est composé de métiers qui sont au cœur de l’humain : services domestiques, assistance auprès d’adultes, accueil des jeunes enfants. Cela concerne près de 50 000 salariés sur la région, mais les besoins sont en constante augmentation dans la totalité des territoires en raison de l’allongement de la durée de vie conjugué à une volonté croissante des personnes âgées de rester à domicile. Depuis dix ans, on observe surtout une explosion de ces emplois dans le secteur marchand, qui fait aujourd’hui quasiment jeu égal avec le secteur associatif. Certains intervenants exercent en emploi direct (salarié du particulier employeur) mais quel que soit le statut, il est difficile d’obtenir un emploi à plein temps. Enfin c’est un secteur qui reste encore à 95 % féminin : il attire peu les hommes et les employeurs préfèrent souvent recruter des femmes.

La crise du Covid a eu l’avantage de mettre en lumière le caractère vital de ces métiers peu valorisés, jusqu’à présent. C’est le bon moment de voir comment nous pouvons aider le secteur à les rendre plus attractifs pour recruter plus facilement.

Quelles solutions met en œuvre Pôle emploi dans cette perspective ?

Hélène Miollan : Nous proposons aux candidats des films, des immersions en réalité virtuelle pour découvrir les métiers et les aider à s’y projeter.

Nous organisons aussi des webinaires de présentation, où interviennent des personnes qui exercent le métier, qui viennent partager leur expérience. Nous utilisons aussi la méthode de recrutement par simulation (MRS) qui vise à évaluer les habiletés indispensables à l’exercice du métier plutôt que le CV du candidat.

Nous sommes aussi force de proposition en lien avec les employeurs pour qu’ils apportent eux aussi des éléments incitatifs. Les rémunérations dans le secteur sont faibles (généralement au SMIC) et les marges de manoeuvre réduites en raison des plafonds de prise en charge et de l’encadrement de l’activité par les conseils départementaux qui délivrent les agréments et versent les allocations d’autonomie. Dans ce contexte, la pénurie de main d’oeuvre ne suffit pas à relever les salaires et il faut se pencher sur d’autres aspects, notamment la marque employeur. En fonction de leur taille, certains établissements ont un comité d’entreprise qui peut apporter des compléments (chèques vacances…), d’autres mettent à disposition des salariés des véhicules sans permis. Des représentants du secteur travaillent en collaboration avec les conseils départementaux sur ces sujets, et certains d’entre eux soutiennent des initiatives, un exemple : le maintien du RSA pendant un certain temps pour les nouveaux employés du secteur.

Dans quelle mesure la formation peut-elle contribuer à la fluidification de l’emploi dans ce secteur ?

Hélène Miollan : C’est primordial. Nous nous attachons justement à fédérer les employeurs en vue de faire émerger une offre de formation adaptée à leurs besoins. Il ne suffit pas « d’aimer les gens » : les professions d’accompagnement s’apprennent, c’est la clé de la réussite pour que les personnes aidées bénéficient d’un service de qualité et pour que les salariés soient à l’aise et restent dans le métier.

Au-delà du financement de formations certifiantes ou diplômantes, nous mettons en œuvre, dans le cadre du Plan d’Investissement dans les Compétences (PIC), des formations innovantes qui tiennent compte des difficultés personnelles des candidats, liées souvent à la langue, à la garde d’enfant ou à la mobilité, notamment en zone rurale ou périurbaine : il s’agit de lever les freins qui pourraient empêcher le retour au travail.

Mais plus fondamentalement, la crise a mis en lumière le défaut de reconnaissance qui frappe habituellement le secteur. Par l’énergie que nous déployons au travers de nos actions, nous appelons chacun à une prise de conscience de la nécessité de promouvoir la valeur de ces métiers d’utilité sociale.

 

*https://www.pole-emploi.fr

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